256 clics
L’ambassadeur des Etats-Unis donne ses impressions sur la situation politique à Madagascar. Il s’est hasardé à émettre des avis qui frisent l’ingérence.
• Votre capacité à interpeller les autorités au Cameroun a précédé votre arrivée à Madagascar. Il n'en est rien depuis. Pourquoi ce changement d'attitude ? - Il faut s’adapter aux circonstances. Je me suis établi récemment et il me faut investir du temps pour bien connaître les réalités. Je me trouve encore au stade des reconnaissances, contrairement à ce qui s’est passé au Cameroun, pays que j'ai connu mieux pour y avoir passé quelques années. Ici, la corruption ne semble pas exister au niveau de la gouvernance. Une démocratie bien avancée avec une alternance est constatée à travers les quatre élections en huit mois. Nous avons observé les élections communales et elles se sont bien passées. Personnellement, je n’ai pas de leçon à donner.
• Que pouvez-vous dire au sujet de la corruption ? - Le sujet était important au Cameroun. Ici, il existe une initiative de lutte contre la corruption. Un problème de conflit d’intérêts se révèle, mais il n’est pas généralisé. Je connais le directeur général du Bianco et j’admire le progrès accompli dans le domaine. Il suffit de jeter un coup d’œil sur le Map pour comprendre. • Une délégation de parlementaire paritaire de l’Union européenne et de l’Afrique-Caraïbes-Pacifique a constaté un « déficit démocratique » en novembre 2007. Etes-vous d’accord avec ce constat ? - Pour moi, la démocratie procède d'un long processus. Il faut une implication des citoyens et les inciter aux obligations démocratiques. C’est vrai qu'ici, l’opposition est faible, voire quasi-inexistante, et elle reste peu organisée. Les Etats-Unis en sont à leur 232 ème anniversaire de l'indépendance et les Américains exigent une opposition active et efficace pour sauvegarder et asseoir la démocratie. En tout cas, la démocratie est sujette à fluctuations. Il importe que Madagascar vive une démocratie qui évolue positivement. Les Malgaches auront un moment de répit mais une sorte de reflux apparaîtra. • L'opposition n'est-elle pas affaiblie à cause de l'inexistence d'une loi sur les partis, dont celle sur le financement des formations politiques ? - D'une manière générale, les candidats de l'opposition aux différentes élections ont quand même réussi à imprimer leurs bulletins de vote. En tout cas, chaque pays cherchera sa propre voie et trouvera la solution qui lui conviendra. J’imagine que vous allez la trouver. Ce n’est pas aux étrangers de conseiller ce que vous devez faire. • Avez-vous déjà rencontré les membres de l’opposition ? - Il existe une tradition américaine de contacts permanents à plusieurs niveaux. Depuis 12 mois, nous vivons au rythme des élections. Je suis resté en retrait pour éviter de donner l’image d’ingérence dans la vie politique, au vu du contexte. Après la parenthèse électorale, nous pourrons toujours obtenir un accès facile. Les leaders de l’opposition sont libres de demander une audience à l’ambassade. Jusqu’à présent, je ne suis pas informé de refus d'aucune sorte. • Pensez-vous qu’il y a une stabilité politique à Madagascar ? - Je voudrais dire que tout va bien. Mais la population a besoin de réfléchir dans la sérénité après les élections. Nous, partenaires démocratiques, avons compris que le gouvernement a fait savoir son intention de mener une réflexion électorale. Pour notre, part, nous avons soutenu le processus démocratique par l’intermédiaire du National democratic institute (NDI) pour appuyer le processus électoral. • Accordez-vous crédit à l'existence de fraudes massives aux élections, dénoncées par l'opposition ? - Chaque système recèle des failles. C’est au peuple d'en faire un constat. Chaque pays doit agir en conséquence pour que le système s’améliore. Mais nous n'avons pas constaté de fraudes massives. • Et les pressions sur l’administration et la population rurale ? - Cela devrait faire l'objet de points à prendre en compte au cours de la réflexion.
Les conditions de concurrence ne sont pas garanties comme il faut
• L’opposition considère les parlementaires incarcérés actuellement comme des prisonniers politiques … - La question est de savoir s'il y a deux poids deux mesures dans la prise de décision. Ici, on ne parle pas de prisonniers politiques. Je note seulement qu'un détenu sur deux n'est pas encore inculpé. La Garde des Sceaux est consciente de la situation mais elle ne peut pas tout faire en même temps. • Etes-vous d’accord avec les autres partenaires de Madagascar sur l’existence de problèmes au niveau de la justice ? - Je rappelle que nous intervenons dans trois principaux axes, dont la promotion de la prospérité des Malgaches, du point de vue matériel, de la santé ou autres. Le deuxième concerne la sécurité du pays et la lutte anti-terroriste. Le troisième a trait à l’environnement pour un développement rural sain. La justice devrait bénéficier d'un environnement propice où tout le monde puisse y trouver l'équilibre et l'équité. • Le monde des affaires s'en plaint en particulier ... - Nous constatons la faiblesse du système judiciaire actuel au cours de nos discussions avec les investisseurs. Y a-t-il de la corruption ? Parfois. Y a-t-il une influence pour favoriser telle ou telle partie ? Je ne sais pas. La Garde des Sceaux le sait, compte tenu de l’évaluation des experts. Pour leur part, les Etats-Unis contribuent déjà à un très grand projet sur les trafics des êtres humains. A l’échelle africaine, Madagascar s'avère très efficace dans cette lutte. • Des diplomates européens évoquent également l’existence d’une situation de monopole dans certains secteurs économiques … - La création des richesses fait partie des grandes priorités du Map. Jusqu'à présent, l’investissement privé à Madagascar reste faible. Il n’y a qu’une dizaine de sociétés implantées. Cette situation n’est pas normale. Les conditions de concurrence ne sont pas garanties comme il faut. Mais de son discours à Iavoloha le 5 novembre, je retiens l’engagement personnel du président Ravalomanana et de son gouvernement de garantir l’égalité de chance des opérateurs économiques, quel que soit le secteur d’activité. • Les Etat-Unis décèlent-ils un obstacle ? - Dans la coopération bilatérale, les Etats-Unis sont présents dans le cadre du Millenium challenge compact (MCC), à hauteur de 110 millions de dollars. Mais cela importe peu, car il ne changera pas le pays économiquement, mais plutôt les investissements du secteur privé qui vont créer des emplois permanents. Ce potentiel n’est pas encore activé. • Pourquoi ? - Nous pouvons invoquer, entre autres, le manque de confiance, le cadre juridique, le problème des infrastructures, ou encore le manque d’énergie en terme de qualité et de quantité. • Quel bilan tirez-vous du programme Millenium challenge account (MCA) ? - Nous sommes très fiers du programme qui dure cinq ans. Madagascar en est le pionnier. Nous intervenons dans six régions par l’intermédiaire de trois volets, à savoir le guichet foncier, l’agribusiness et le financement dans les micro-crédits. Pour ce qui est du deuxième compact, nous n’en sommes pas encore là. Il faudra attendre fin 2009 au plus tôt pour voir cela. Pour l’instant, nous concentrons nos efforts sur le premier compact. Par ailleurs, le dossier relatif au changement du directeur général de MCA Madagascar est clos. Source : L'Express de Madagascar. |